Seringat contre jasmin : guide des parfums que l’on confond toujours
Daria Lopatina est une experte du monde de la parfumerie qui possède une expérience et des connaissances approfondies dans ce domaine. Elle est l'auteur de nombreux articles fascinants et instructifs sur la création, la sélection et l'utilisation des parfums.
Parler du jasmin dans le monde russophone est toujours un peu une enquête. Presque tout ce que l'on voit sur les images quand on cherche « jasmin » est en réalité du seringat. Mais en parfumerie aussi, c'est loin d'être simple : sous le nom de jasmin se cachent différentes plantes, et le seringat lui-même n'est presque jamais utilisé dans les parfums. Tâchons d'y voir clair pour ne plus s'y perdre.
Dans les jardins des régions tempérées de la Russie fleurit ce fameux « jasmin », un arbuste odorant aux fleurs blanches. Un parfum familier qui évoque l'été et l'enfance. Mais les botanistes nous corrigent : il s'agit du philadelphus, ou seringat, un parent des hortensias. Le véritable jasmin, une liane tropicale, ne vit pas en pleine terre ici.
Une confusion éternelle : pourquoi le seringat est-il appelé jasmin
Historiquement, en Russie, le mot « jasmin » s'est attaché au seringat. Aux XVIIIe et XIXe siècles, les nobles commandaient des plants d'espèces exotiques ; le véritable jasmin s'est toutefois avéré trop frileux. En revanche, l'arbuste odorant qui lui ressemblait s'est acclimaté et a été baptisé « jasmin de jardin ».
Dans le monde anglophone, la même histoire a pris un autre tour. Là-bas, le philadelphus est appelé mock orange, soit « faux oranger », en raison de son parfum qui rappelle les fleurs d'agrumes. Convenez que cette confusion des noms a franchi l'océan et atteint les pyramides olfactives.
Le seringat n'est pas un jasmin, mais cela ne l'empêche pas d'être le principal « jasmin » des jardins russes.
D'ailleurs, la même histoire se répète d'un pays à l'autre avec des plantes différentes. Avant donc de passer aux arômes, mettons de l'ordre dans la botanique.
Enquête botanique : qui se cache derrière le nom « jasmin »
Le véritable jasmin est un genre d'arbustes et de lianes persistants de la famille des Oléacées. En parfumerie, on utilise surtout deux espèces : le jasmin à grandes fleurs et le jasmin sambac. Leurs fleurs offrent cette note profonde, légèrement indolique, pour laquelle les parfumeurs sont prêts à débourser des sommes folles.
Mais dans différentes cultures, des dizaines de plantes sont appelées « jasmin ». Gardénia, stéphanotis, mandevilla, murraya et même frangipanier : chacune d'elles a, au moins une fois, été appelée jasmin. Il arrive que ces plantes soient réellement utilisées en parfumerie, et l'on peut alors trouver dans la pyramide olfactive un « jasmin » qui n'est en réalité pas du tout un jasmin.
Les « faux jasmins » les plus célèbres
Si vous croisez « jasmin » dans la description d’un parfum, mais que vous ressentez quelque chose de familier et d’étrange à la fois, ce n’est probablement pas lui. Voici une liste de plantes qui se font souvent passer pour du jasmin.
Certaines d’entre elles, comme le gardénia et le stéphanotis, sont en effet proches par le caractère de leur odeur. D’autres, comme le mandevilla, ont un parfum plus exotique et plus sucré.
- Stéphanotis floribunda, également appelé jasmin de Madagascar, est fréquent dans la fleuristerie de mariage.
- Gardénia jasminoïde, ou jasmin du Cap, est l’une des fleurs préférées des parfumeurs.
- Mandevilla sanderi, « jasmin du Brésil », séduit par son éclat tropical.
- Murraya paniculata, « jasmin orangé », est un parent des agrumes à fleurs blanches.
Comme vous le voyez, ils sont tous unis par la seule couleur blanche et un parfum sucré. Mais d’un point de vue parfumerie, ce sont des histoires complètement différentes.
Si les notes indiquent simplement « jasmin », demandez toujours lequel précisément : cela influence la sonorité du parfum.
Maintenant, plongeons dans l’olfactif. Comment distinguer le vrai jasmin du seringat à l’odeur ?
Approche olfactive : comment distinguer les notes de jasmin et de seringat
La parenté botanique est une chose, le nez en est une autre. Même si les plantes sont confondues dans le nom, sur la peau les arômes ne sonnent pas pareil. Apprendre à les distinguer n’est pas difficile du tout, si l’on sait sur quoi s’appuyer.
L’odeur du jasmin dans les parfums est une vague chaude et sensuelle avec une légère note animale. Elle naît grâce à l’indole qui, en microdoses, ajoute de la profondeur à l’arôme. Le seringat, lorsqu’il est utilisé dans les compositions, sonne de manière plus transparente et verte.
Jasmin : profondeur indolique et forme étoilée
Le vrai jasmin, surtout le jasmin à grandes fleurs, sent de manière intense et même un peu audacieuse. Dans son arôme, on devine le thé, le miel, les fruits et la poudre. C’est l’une des fleurs les plus chères et les plus « parfumantes ».
Les fleurs de jasmin ont un long tube et une forme étoilée aux pétales étroits. Elles sont regroupées en inflorescences et semblent briller de l’intérieur. La récolte du jasmin a lieu la nuit, lorsque la concentration de substances odorantes est maximale.
Seringat : une douceur aux accents d’agrumes
L’arôme du seringat est beaucoup plus simple et plus « de jardin ». C’est une odeur sucrée, un peu fraîche, avec une nuance de muguet et de citron. On le compare souvent à la fleur d’oranger, d’où son nom anglais.
Les fleurs du seringat ont généralement quatre pétales, avec un cœur jaune bien visible fait d’étamines. Le vrai jasmin n’a que deux étamines, cachées dans un tube. Si l’on place côte à côte une branche de seringat et un jasmin sambac, la différence saute aux yeux, même à l’œil nu.
| Critère | Jasmin véritable | Seringat (Philadelphus) |
|---|---|---|
| Famille | Oléacées | Hydrangéacées |
| Forme de la fleur | Étoile à long tube | Croix au centre duveteux |
| Parfum | Indolé, avec des notes de thé | Sucré, avec des notes d’agrumes et de muguet |
| Utilisation en parfumerie | Très fréquente | Extrêmement rare |
Bien sûr, dans les parfums du commerce, vous ne trouverez guère le seringat cité dans le nom. Mais si « jasmin » est annoncé et que l’odeur vous semble un peu simple et champêtre, c’est peut-être l’influence d’une de ses variétés non authentiques.
- Le jasmin offre une profondeur et une sensualité difficiles à reproduire.
- Il est magnifique seul ou en compagnie d’autres fleurs.
- L’absolu naturel de jasmin résonne comme par magie sur la peau.
- L’indole semble parfois trop animal et audacieux.
- Dans les compositions bon marché, le jasmin est souvent remplacé par des matières synthétiques.
En revanche, ceux qui n’aiment pas le jasmin évoquent généralement sa nuance « sale ». Le seringat, lui, ne suscite pas de telles controverses, et c’est en cela aussi qu’il est spécial.
Pièges linguistiques : ce que l’on écrit sur les flacons et dans les pyramides
Quand vous regardez la pyramide d’un parfum, il peut simplement y avoir le mot « jasmin ». Les parfumeurs utilisent des généralités, car c’est joli et compréhensible. Mais derrière ce mot peut se cacher l’un des dizaines de jasmins, vrais ou prétendus.
Pour le seringat, en revanche, c'est l'inverse : on ne le mentionne presque jamais dans les notes. Si vous voyez « jasmin des jardins », « philadelphus » ou « seringat », c'est déjà de l'exotisme. Le plus souvent, on rencontre en parfumerie le murraya, que l'on confond aussi avec le jasmin.
Pourquoi les parfumeurs utilisent-ils des noms génériques ?
Il y a plusieurs raisons. Le marché a besoin d'images simples et mémorisables. « Jasmin » sonne romantique et évoque immédiatement des fleurs blanches et parfumées. Personne n'a besoin ici de précision botanique.
De plus, de nombreux ingrédients de base ont leur propre nom. Les absolus de jasmin grandiflore, de jasmin sambac et même de fleur d'oranger peuvent être regroupés dans une même catégorie « fleurs blanches ». C'est pratique pour le marketing, mais cela déroute le consommateur.
Comment ne pas tomber dans le piège de la terminologie
Pour ne pas être surpris que le « jasmin » dans un parfum ne sente pas comme celui du jardin de grand-mère, suivez quelques règles. Elles ne demandent pas de connaissances particulières, mais seulement un peu d'attention.
Le plus important : faites confiance à votre nez, et non à l'étiquette sur le flacon. Un parfum peut porter n'importe quel nom, mais vous saurez toujours si c'est bien votre jasmin.
- Étudiez les noms botaniques dans les descriptions officielles du parfum.
- Essayez sur des mouillettes de véritables huiles essentielles ou absolus de jasmin de différentes variétés.
- Comparez avec l'odeur du seringat, s'il pousse dans votre jardin.
- Lisez les forums de parfumerie, où les notes sont analysées en détail.
Comme vous le voyez, rien de compliqué. Et pour retenir la différence entre les espèces, ajoutez un peu de sens de l'observation.
Conseil : le jasmin sambac est souvent utilisé dans la parfumerie indienne traditionnelle. Si vous voulez mieux le connaître, cherchez des parfums avec une note « sambac ».
Encore une astuce : ne vous fiez pas uniquement aux noms dans la pyramide olfactive. Prêtez attention aux marques qui travaillent généralement avec des huiles naturelles.
Conseils pratiques : comment entraîner votre nez
Pour distinguer facilement le jasmin du seringat, pas besoin de diplôme en parfumerie. Des exercices réguliers suffisent. Comme chez tout sportif, l'odorat a lui aussi son entraînement.
La règle principale : comparer par paires. Lorsque vous sentez un seul parfum, votre cerveau l'oublie très vite. En revanche, deux parfums côte à côte donnent un contraste net.
Comparez de vraies fleurs
En été, trouvez un buisson de seringat dans le parc ou chez vos voisins. Cueillez une fleur et ramenez-la à la maison. Ensuite, essayez de trouver de l'huile essentielle naturelle de jasmin sambac, elle est vendue dans les boutiques de parfumerie.
Sentez-les alternativement : d'abord l'un, puis l'autre, avec une pause de quelques secondes. Vous remarquerez bientôt que le jasmin est plus complexe, tandis que le seringat est plus simple et plus doux. Cela restera gravé dans votre mémoire.
Lisez la composition et recherchez les nuances
Étudiez les compositions de vos parfums préférés. Si « jasmin » est indiqué dans les bases de données, regardez quelles notes l'accompagnent. Il côtoie souvent le néroli ou la fleur d'oranger, et il est alors plus difficile à reconnaître.
Avec le temps, vous apprendrez à distinguer le jasmin de ses imitateurs végétaux. Par exemple, si le parfum est nettement citronné et « vert », il s'agit peut-être de seringat, et non de jasmin. Bien que de tels exemples soient rares en parfumerie.
Enfin, rappelez-vous que le nez se fatigue de la monotonie. Faites des pauses et revenez aux parfums un jour sur deux pour que les sensations restent vives.

On vient souvent me demander pourquoi mon jasmin préféré ne sent plus pareil dans les nouveaux parfums. En réalité, ce n'était probablement pas du jasmin. Par souci d'économie, les fabricants utilisent des notes de seringat et de murraya en les faisant passer pour du jasmin. Ce n'est pas mal, c'est juste un autre caractère.
Mon conseil : choisissez les parfums en fonction de la sensation qui vous est proche. Les noms sont trompeurs, mais les émotions que suscite un parfum, elles, ne trompent pas.
Comme vous le voyez, l'avis de l'expert correspond parfaitement à la logique de l'article. Il ne reste plus qu'à savourer les parfums.
Le seringat et le jasmin sont comme deux acteurs jouant le même rôle. Ils sont tous deux blancs et parfumés, mais leur tempérament est complètement différent. Comprendre cela rend le choix du parfum plus conscient et la promenade dans le jardin plus intéressante.
Ne vous laissez pas dérouter par le fait que le flacon indique « jasmin » alors que le parfum est différent. Un parfum est avant tout un plaisir. Et si vous aimez l'odeur de votre seringat, portez-le avec joie, même si ce n'est pas du vrai jasmin.